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Une émission de Philippe Meyer, enregistrée au studio l’Arrière-boutique le 30 octobre 2026.
Avec cette semaine :
PARIS, MILAN, MADRID, BRUXELLES … : LA RÉVOLTE DE LA JEUNESSE EUROPÉENNE : CAUSES ET REMÈDES
La jeunesse européenne se soulève depuis plusieurs semaines aux quatre coins de l’Europe. Dans les cortèges belges et italiens, mais aussi espagnols, portugais, néerlandais, allemands, autrichiens, irlandais ou serbes, la jeunesse européenne dénonce la hausse des coûts de scolarité et scande désormais un slogan : « faisons comme en France ». Au-delà de la France et de l’Italie, la colère se propage, plus ou moins éruptive, convergeant parfois avec celle de manifestants plus âgés, syndicalistes, travailleurs sociaux, personnel médical … En ce début d’automne, les jeunes Espagnols, Portugais et Grecs ont protesté contre « le prix inabordable des loyers ». Les Belges, eux, ont défilé pour le pouvoir d’achat et contre le manque de moyens à l’école. Il y a aussi eu des rassemblements à l’Est, où depuis le printemps, les jeunes, notamment albanais et serbes, vitupèrent autant contre leur horizon bouché que contre la corruption des dirigeants. Aux Pays-Bas et en Allemagne, des initiatives étudiantes prévoient des mobilisations dans les semaines à venir contre le service militaire obligatoire, qui pourrait être rétabli. En France, les manifestations ont été émaillées d’actes de violence et de vandalisme, qui ont fini par échapper au contrôle des autorités. La situation a également dégénéré sévèrement en Italie, notamment à Milan. Des débordements d’une telle ampleur n’ont pas été vus ailleurs. L’encadrement syndical plus important dans la péninsule ibérique pourrait expliquer en partie le bon déroulement des rassemblements, mieux canalisés. En France, le taux de syndicalisation est parmi les plus faibles de l’OCDE.
La mobilisation des jeunes pourrait aussi se traduire dans les urnes. Alors que des élections cruciales se profilent dans toute l’Europe – le 25 octobre en Serbie, fin novembre en Espagne, au printemps en Italie et en France, mais aussi dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le plus peuplé d’Allemagne –, la Gen Z annonce qu’elle votera de préférence pour des partis qui n’ont jamais gouverné. En France, un sondage OpinionWay du 15 octobre annonce que les 18‑24 ans comptent voter à 28 % pour le RN et à 49 % pour LFI. Mais la place des jeunes dans la population française diminue. Le pays vit un basculement générationnel majeur : si longtemps, les jeunes ont été plus nombreux que les seniors, en 2026, les plus de 65 ans sont presque aussi nombreux que les moins de 20 ans, et la dynamique d’inversion va s’amplifier, nous dit l’Insee.
Face à un mouvement hybride, déstructuré et spontané qui s’est mobilisé et organisé sur les réseaux sociaux, les gouvernants européens sont souvent désemparés. Les pays dont la dette publique explose peinent à trouver des réponses aux revendications. Sont concernés notamment la France, la Belgique, la Grèce, l'Italie, l'Espagne ou encore le Portugal, malgré une réduction de cette dette depuis 2024.
En France, une nouvelle journée d’action est annoncée pour le 5 novembre.
ISRAËL : L’INCERTITUDE
Au lendemain d’un scrutin législatif marqué par une participation élevée (77,7%) au plus haut depuis 1999, la coalition sortante, appuyée par quatre partis d’extrême droite nationaliste et religieuse, au pouvoir depuis 2022 menée par Benjamin Netanyahou passait de 64 sièges il y a quatre ans à 53 sièges, après le dépouillement de 85 % des suffrages. Le bloc d’opposition, conduit par l’ancien chef d’état-major Gadi Eizenkot n’obtenait que 48 députés. La Knesset, chambre unique du parlement israélien, compte 120 sièges. Une majorité de 61 députés est donc nécessaire pour gouverner.
Les seuls vainqueurs du scrutin sont les partis dits « arabes ». Grâce à une participation en très forte hausse dans les villes où habite une majorité d’Arabes israéliens – aussi appelés Palestiniens d’Israël –, leurs deux listes pourraient totaliser, 19 sièges, soit près du double de leurs résultats en 2022. Pour la première fois dans l’histoire du pays, leur représentation politique se rapproche de leur poids réel dans l’électorat (20 %), et bouscule les équilibres politiques. Les Arabes israéliens pèseront plus lourd que l’extrême droite d’Itamar Ben Gvir et de Bezalel Smotrich ou que les ultraorthodoxes.
Si le bloc d’opposition partage avec les deux listes arabes une même dénonciation du bilan et des pratiques politiques de Benyamin Nétanyahou, il est traversé de courants très différents : les Démocrates de Yaïr Golan (gauche) ont publiquement appelé à une alliance avec les formations arabes. Le parti Yashar ! de Gadi Eisenkot n’a pas, initialement, exclu l’hypothèse d’un rapprochement. En revanche, Israël Beitenou, dirigé par Avigdor Lieberman, en a fait une ligne rouge explicite. Sans les partis arabes, l’opposition risque de ne pas pouvoir gouverner ; en acceptant leur soutien, elle pourrait perdre une partie de son électorat.
La coalition de Benjamin Nétanyahou pourrait avoir du mal à élargir sa majorité à 61 sièges. Il lui faudrait pour cela conclure une alliance avec un parti de l’opposition, ce qui suppose de trouver un terrain d’entente sur des points clefs, comme la création d’une enquête sur le 7 octobre, ou la conscription des ultraorthodoxes.
Les résultats définitifs seront publiés le 4 novembre. Le président, Isaac Herzog, devra ensuite confier au leader le plus capable, selon lui, la tâche de former un nouveau gouvernement. Plusieurs scénarios sont sur la table : la formation d’une coalition pour atteindre la majorité, un gouvernement d’union nationale, un gouvernement minoritaire qui s’appuierait sur des soutiens ponctuels ou la convocation de nouvelles élections qui devraient être organisées d’ici au printemps 2027. En attendant, Benyamin Netanyahou restera Premier ministre.
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