À peine accueilli dans cet ancien prieuré devenu musée, à Vallauris, la poésie s'invite déjà entre les murs de pierre. Une poésie étrange. Tantôt romantique, tantôt dérangeante. Les sculptures de Martial Raysse se dressent devant nous comme des fragments d'histoires inachevées. Elles semblent légères, parfois amusantes, avant de révéler peu à peu une profondeur plus troublante. Entre mythologie, culture populaire et scènes du quotidien, l'artiste nous attire dans un univers où le sublime côtoie sans cesse le trivial. La mort, le voyeurisme, l'indifférence, les rapports de pouvoir ou encore notre manière de regarder les autres traversent l'exposition sans jamais imposer de réponse. Les œuvres suggèrent davantage qu'elles n'affirment. Les mots sont là, sur les cartels. Les titres aussi. Précieux, parfois ironiques, souvent poétiques. Ils accompagnent les sculptures sans les enfermer. Puis vient cette sensation étrange. Celle de ressortir moins spectateur que prévu. Devant une sculpture représentant un homme observant un tableau, nous reproduisons le même geste. Nous regardons celui qui regarde. Et soudain, c'est notre propre position qui apparaît. Sommes-nous différents de ces observateurs silencieux que l'artiste met en scène ? Complices malgré nous des regards qui passent devant les drames du monde sans s'arrêter ? Il aura fallu attendre plusieurs décennies pour que l'enfant de Golfe-Juan expose ainsi dans sa ville natale.
Références : D’une flèche mon cœur percé Statues de Martial Raysse édition Silvana Editoriale
Intervenants : Céline Graziani, directrice du musée Magnelli de Vallauris Golf Juan et René Amado élu à la culture de la ville de Vallauris Golf Juan
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