Il faut sauver le soldat Parcoursup !
Depuis quelques jours, j’entends des lycéens et des responsables politiques réclamer la suppression ou la refonte de Parcoursup.
À l'Assemblée Nationale, une proposition de loi déposée en février 2026 veut supprimer la plateforme, après une autre, en 2023, qui visait à abroger la sélection.
Ces deux textes viennent de bords politiques opposés. Ils désignent le même coupable, mais pas le même remède.
AZIMUT ORIENTATION accompagne des familles dans cette procédure depuis cinq ans, et ma conviction est faite : on se trompe de cible.
Je vois la plateforme s’améliorer chaque année : de nouveaux services, des indicateurs plus lisibles, des étapes plus claires.
Parcoursup est le thermomètre, pas la fièvre
L’outil s’améliore, les résultats se dégradent faute de places. Le nombre de candidats sans proposition en fin de phase principale augmente : environ 85 000 en 2024, 103 582 en 2025, 126 652 en 2026. Sur cet indicateur, la situation se dégrade.
Mais que mesure-t-il ? Près de 909 000 candidats se sont inscrits cette année, soit environ 33 000 de plus qu'en 2025.
Le baccalauréat, lui, ne filtre plus : 91,4 % de réussite en juin 2026, et 79 % d'une génération désormais bachelière. Dans le même temps, les acquis reculent. L’enquête PISA 2025, publiée en septembre, mesure 458 points en mathématiques pour les élèves français de 15 ans, contre 474 en 2022 et 495 en 2012. Plus d’un élève sur trois est désormais en difficulté dans cette matière. Ce constat ne dit rien de la valeur de votre enfant. Il dit qu'un diplôme obtenu par quatre jeunes sur cinq ne peut plus, à lui seul, départager.
Le tri que le bac n'opère plus s'est déplacé d'un cran. Il se fait à l'entrée du supérieur, là où le nombre de places, en particulier dans le public, n'a pas suivi. Parcoursup rend cette pénurie visible. Il ne la fabrique pas.
Ce que la plateforme fait, et ce qu'elle ne fait pas
Parcoursup n'examine aucun dossier. Ce sont les formations, par leurs commissions d'examen des vœux, qui classent les candidatures. La plateforme applique ensuite des règles qu'elle ne décide pas : taux minimum de boursiers, part de candidats hors académie, places réservées aux bacheliers technologiques en BUT et professionnels en BTS. Ces taux sont fixés par les recteurs, dans un cadre défini par le ministère. Ces règles sont publiques.
Parcoursup a des mérites que la colère fait oublier. La plateforme réunit près de 25 000 formations dans un seul dossier et un seul calendrier, là où il fallait autrefois multiplier les candidatures. Elle a mis fin au tirage au sort qui départageait les candidats des licences les plus demandées. Chaque fiche affiche les critères d'examen des vœux, les frais de scolarité, le statut de l'établissement et les débouchés, ce qui protège les familles face à une offre privée inégale. Après la procédure, par souci de transparence, les formations publient un rapport sur la manière dont elles ont analysé les candidatures. La plateforme permet d'afficher simultanément 2,9 millions de propositions dès le premier jour, et près de neuf lycéens sur dix en ont reçu au moins une avant la mi-juillet. Enfin, un recours existe : la phase complémentaire et les commissions d'accès à l'enseignement supérieur prennent le relais pour ceux qui restent sans solution.
Supprimer la plateforme ne créerait pas une place de plus. Cela laisserait les familles seules face à des centaines de procédures séparées, et avantagerait celles qui connaissent déjà les codes.
Le vrai gâchis commence après l'admission
Obtenir une place ne suffit pas. Moins d'un néo-bachelier sur deux passe en deuxième année de licence au bout d'un an. Quatre sur dix seulement décrochent leur licence en trois ou quatre ans.
L'écart selon le bac est massif : 46 % de diplômés chez les bacheliers généraux, 14 % chez les bacheliers technologiques, 6,5 % chez les bacheliers professionnels. En BTS, ces derniers sont pourtant près de 45 % à décrocher leur diplôme. La Cour des comptes estime à 534 millions d'euros par an le coût des redoublements et des sorties sans diplôme.
Inscrire un jeune dans une filière où il a très peu de chances de réussir n'est pas lui offrir une liberté. C'est lui faire perdre un an ou deux, aux frais de tous. Une entrée en licence plus exigeante le protège, à condition de lui ouvrir une place là où il réussit.
Des priorités qui se discutent
Reste la question des priorités que la plateforme applique. Selon la Cour des comptes, les taux minimaux de boursiers ont un faible effet sur l'accès aux filières en tension. Les places réservées par type de bac, elles, font passer l'origine du diplôme avant le niveau du dossier.
Je défends une sélection plus exigeante, fondée d'abord sur les acquis, où ces priorités corrigent à la marge au lieu de décider. Cela suppose d'ouvrir assez de places en BTS pour les bacheliers professionnels, près de sept fois plus souvent diplômés qu'en licence.
L'objection est sérieuse : ces priorités compensent des inégalités de départ que le dossier scolaire ne fait que refléter. Sans elles, les BTS risquent de se fermer aux bacheliers professionnels. C'est pourquoi la réponse passe par davantage de places, pas par la seule concurrence des dossiers.
Ce débat se tranche au ministère et dans les rectorats. Pas en supprimant la plateforme qui applique leurs décisions.
Ce qu'il faut vraiment améliorer
Défendre l'outil n'interdit pas d'être exigeant. Trois chantiers me paraissent prioritaires.
• L'orientation en amont.
Plus de 46 000 étudiants en réorientation étaient sans proposition en juillet, souvent après un premier choix subi. Un accompagnement sérieux dès le lycée et des passerelles dédiées coûteraient moins cher que l'échec.
• L'offre de formation.
Mi-juillet, 83 000 places restaient vacantes en phase complémentaire, alors que plus de 126 000 candidats attendaient. Les places existent, mais pas toujours dans les filières ni dans les territoires demandés. La carte des formations doit suivre les métiers de demain, pas ceux d'hier.
• La lisibilité des classements.
Les critères sont publiés, leur pondération beaucoup moins. Une famille qui comprend un refus l'accepte mieux qu'une famille qui le subit.
Soigner la fièvre
Sauver le soldat Parcoursup, ce n'est pas lui décerner une médaille. C'est refuser de casser le thermomètre pour ne plus voir la température.
Le débat utile porte sur le nombre de places, les règles de sélection, la réussite en licence et l'accompagnement à l'orientation dès le lycée.
C'est là que se joue l'avenir de vos enfants, et c'est là que nous attendons des réponses.
Perrine Corvaisier,
fondatrice d'AZIMUT ORIENTATION
Et vous, qu'en pensez-vous ? Qu’attendez-vous de Parcoursup ?
Je serais curieuse de lire vos questions et vos réflexions.
Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.