La série Des Vivants diffusée tout récemment sur France Télévision, signée Jean-Xavier de Lestrade et Antoine Lacomblez, revient sur la reconstruction de plusieurs survivants du Bataclan. Pas n’importe lesquels, mais celles et ceux qui avaient été pris en otage par deux des terroristes, pendant plus de deux heures dans un couloir étroit ; avant d’être libérés par la B.R.I. Pendant l’assaut, un terroriste est tué et un autre fait sauter sa ceinture d’explosifs. Aucun mort du côté des otages et des policiers, mais des blessures physiques et psychiques tenaces. En 8 épisodes, la série suit au plus près ces otages devenus potes, les « potages » comme ils se surnomment, qui vont chacun et chacune réagir à leur manière au traumatisme de la violence et essayer de revenir dans le monde des vivants.
La série est bien sûr notable dans son intention d’explorer les attentats du 13-Novembre. La première saison d’En Thérapie s’était aussi confrontée aux effets psychologiques de la violence terroriste, à travers notamment le personnage d’un policier de la B.R.I., qui voyait resurgir le spectre de la guerre civile algérienne et d’une chirurgienne prenant en charge les blessés ce même soir. Il n’est pas interdit de penser que la série B.R.I., sur Canal+, s’appuie aussi sur la popularité de ce service depuis les attentats. En tout cas, Des Vivants vient mettre fin à une certaine tendance française consistant à ne pas se confronter fictionnellement, ou pas tout de suite, à des épisodes douloureux, traumatiques ou sombres de la société française. Alors qu’aux États-Unis, ce saisissement est immédiat et fréquent.
Sous cet aspect, Des Vivants est une série « service public », dans le meilleur sens du terme, celui qui intéresse toute la société ; et surtout c’est une série « lieu de mémoire », qui n’hésite pas à mettre en scène des flashbacks au Bataclan même, et à explorer toutes les difficultés des « potages » pour faire tenir en même temps mémoire individuelle et mémoire sociétale, trauma et guérison dans un univers où le Bataclan est central mais où leur propre histoire ne l’est pas. On voit pourquoi le sujet a intéressé Jean-Xavier de Lestrade, qui est à la fois documentariste du monde judiciaire et auteur de fictions, comme Laëtitia ou Sambre qui se confrontent à l’obscurité du viol et du crime dans des sociétés qui les dénient.
Justine Breton, Maitresse de conférences en médiévalisme et littérature comparée à l’Université de Lorraine.
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